Jacques Tati,

Trafic (1971)
Trafic est le dernier véritable film de Jacques Tati, Parade étant un spectacle filmé (dont on pourrait parler longuement aussi, tant cette œuvre est merveilleuse, mais ce ne sera pas le cas sur cette page pour le moment). Trafic reprend des éléments de Mon Oncle et de Play Time et les adapte au monde des automobiles. Forcément moins ambitieux que les deux précédents films (plus personne ne voulait produire Tati), Trafic est aussi un peu moins bon car il n'en possède pas toujours la porté émotionnelle et la beauté visuelle. Néanmoins c'est un film hilarant (mais vraiment hi-la-rant !). Et certaines séquences sont inoubliables (l'accident, le faux chien, la démonstration du camping-car, le salon automobile...).
Traversé de moments magiques (Hulot partant à la recherche d'essence, l'arrêt au bord du canal hollandais), Trafic renoue finalement plus avec les deux premiers films du maître. La nostalgie agit tout en finesse, la cruauté aussi. Tati offre aussi au film un personnage féminin grandiose qui vole souvent la vedette à Hulot. Un personnage féminin si attachant que pour la toute première fois (et c'est tant mieux parce que c'est aussi son dernier film), Hulot ne repartira pas seul à la fin. L'échec au box-office, le mépris de la critique, l'oubli dans lequel tombera Tati, le gâchis d'une carrière écourtée, tous ces faits rendent la vision de ce final encore plus bouleversante. Trafic est-il un chef-d'œuvre, finalement ? Au niveau du cinéma français cela ne fait pas l'ombre d'un doute.