la route du Karakorum,

Ce n'est pas le Viaducde Millau!!!


La plus belle route de la semaine : Karakorum au Pakistan
L'une des routes la plus fascinante du monde !
La Chine vient de rouvrir la route du Karakorum, une autoroute qui traverse l’Himalaya pour rejoindre le Pakistan. Elle était coupée depuis cinq ans par un glissement de terrain, en pleine montagne. Cette nouvelle « route de la soie » doit encore convaincre une population locale, qui craint de n’en recueillir que la poussière.
Bienvenue à Sost, premier arrêt du « corridor économique » dessiné par la Chine chez son voisin pakistanais. Une ville du « Far Est », avec ses échoppes bringuebalantes de tôles tatouées de mandarin et d’ourdou, ses agents secrets en civil, ses douanes millionnaires et sa station d’essence empoussiérée au service abrupt.
Une fois traversé le col de Khunjerab, frontière sino-pakistanaise perchée à plus de 4 600 mètres d’altitude, entre vallons et montagnes enneigées au roc effrité, les convoyeurs chinois déchargent leurs marchandises. De là, leurs collègues pakistanais prennent le relais jusqu’à l’autre bout du pays, à Karachi et bientôt Gwadar, ports du Sud plantés 2 000 km plus loin, sur la mer d’Arabie.
Glissement de terrain
Sost et sa région, le Gilgit-Baltistan, ne sont que la première étape du grand projet chinois en construction au Pakistan : un corridor commercial et énergétique de plus de 46 milliards de dollars, qui donnera à Pékin et à ses exportations un accès plus direct au Moyen-Orient, voire à l’Afrique et à l’Europe.
Des touristes pakistanais sur la « Pak-China Khunjerab Pass », le passage frontalier carrossable le plus haut du monde. (Photo : Aamir Qureshi/AFP)
Mais depuis cinq ans et jusqu’à ces dernières semaines, l’autoroute construite par les Chinois était coupée un peu au sud de Sost, en raison d’un glissement de terrain qui a endigué la rivière Hunza. L’eau est montée, a submergé le bitume et donné naissance au lac artificiel d’Attabad, turquoise et long d’une dizaine de kilomètres. Cela n’a pas découragé Pékin, qui y a envoyé des milliers d’ouvriers pour creuser dans les montagnes un tunnel bétonné de 7 kilomètres. Un travail titanesque qui a pris plus de trois ans et coûté au moins 275 millions de dollars.
« Nous avons souffert à cause du lac. Avec le tunnel, nous espérons que les affaires vont décoller et les touristes affluer », lance Amjad Ali, un commerçant à la bouille arrondie qui écoule des vêtements sur le marché de Sost, où l’autoroute chinoise a pris le relais de l’ancienne « route de la soie », piste de terre tortueuse empruntée des siècles durant par les caravaniers.Grâce au tunnel, l’accès à l’hôpital
Avant le tunnel, il fallait aux habitants de Sost traverser le lac par bateau (au moins une heure de trajet) pour rejoindre le reste du pays au sud. Le trafic était très maigre en hiver. « Grâce au tunnel, nous sommes de nouveau reliés par la route au reste du Pakistan. Et nous pouvons nous rendre rapidement à l’hôpital le plus proche, à Aliabad (une heure de route), car il n’y en a pas ici », se réjouit Mohammed Israr, un autre habitant.
Pékin a envoyé des milliers d’ouvriers pour creuser dans les montagnes un tunnel bétonné de 7 kilomètres. (Photo : Aamir Qureshi/AFP)
Pour autant, malgré ces développements positifs, les habitants redoutent aussi un scénario moins rose. « Je crains que les camions ne fassent que passer depuis et vers la Chine et que la population locale n’en retire rien hormis de la poussière », insiste Amjad. « Les Chinois ne pensent qu’à leurs intérêts économiques. Nous risquons de passer nos jours à compter les camions qui défilent », abonde un autre commerçant, Noor-e-din, moustache rousse et strabisme, accusant Islamabad de tirer des millions de dollars de la douane de Sost sans rien faire ou presque pour la ville.
Mohammed Israr évoque de son côté une ruée des Chinois et riches Pakistanais « d’en bas » [du Sud, NdlR] pour prendre le contrôle des terres de la région. Les seconds ont déjà approché des paysans en vue de racheter leurs champs.
« Ma terre, pas celle de la Chine ! »Assis au bord de son champ de pommes de terre, à l’ombre d’un pommier, Ali Qurban craint de perdre sa région chérie dans ce grand bal du capital. « C’est ma terre du Gilgit-Baltistan… pas celle du Pakistan ou de la Chine ! », répète ce partisan de l’autonomie locale, poète à ses heures, en frappant le sol de son verger.
Terre de glaciers, de vallées verdoyantes et de lacs azur et turquoise, le Gilgit-Baltistan fut longtemps un rosaire de petits royaumes, avant d’être rattaché au Pakistan dans les années 1970. Il n’a toujours pas le statut de province et ses habitants n’ont pas le droit de vote aux élections nationales, d’où un sentiment d’éloignement vis-à-vis du gouvernement d’Islamabad.
Le chef du gouvernement local, Hafiz Hafeez ur-Rehman, espère que ce projet va « changer la donne » pour sa région. Le long de la future « superautoroute » vers le Sud, il est prévu d’installer des zones commerciales et d’investir dans des projets de barrages hydroélectriques, détaille-t-il.
Construire le tunnel, un travail titanesque qui a pris plus de trois ans et coûté au moins 275 millions de dollars. (Photo : Aamir Qureshi/AFP)
La question ouïghoureDes facteurs politiques et sécuritaires, moins connus, entrent également en jeu, Islamabad comme Pékin semblant vouloir profiter du futur corridor pour asseoir leurs emprises sur des régions aux populations volontiers rétives à l’autorité centrale. Au Gilgit-Baltistan, le plus célèbre militant nationaliste local, Baba Jan, est emprisonné pour « terrorisme » depuis 2011 pour avoir organisé une manifestation antigouvernementale émaillée d’incidents.
Dans la province chinoise voisine, le Xinjiang, Pékin surveille de près la minorité musulmane ouïghoure, dont sont issus des rebelles islamistes radicaux. Certains d’entre eux ont trouvé refuge au Pakistan. « Les Chinois veulent nous séduire, ils payent nos frais de scolarité et des séjours en Chine, ils nous disent qu’il n’y a pas de discrimination contre les musulmans (en Chine) et que le développement est tangible au Xinjiang », souligne ainsi Ikram Bokhari, un Ouïghour de deuxième génération installé à Gilgit.
Son père, Muhammad Qasim, le visage anguleux tissé de rides prononcées, a une tout autre expérience du Xinjiang : il confie avoir fui cette province chinoise après la révolution communiste, alors qu’il était enfant, et s’être réfugié avec sa famille au Pakistan par l’ancienne route de la soie. À dos d’âne, sur ce qui n’était alors « qu’un sentier étroit ».